© Marie Elaine Lalonde

FAIRE PAYSAGE,

2016

Faire Paysage est né d’un désir de minimiser les étapes de production que ma pratique a eu recours jusqu’à présent. Or, comment se génère un paysage ? 

 

Sous une apparence stable et immobile, l’environnement et le paysage, sont en réalité constamment en mouvement.   Sous l’influence des phénomènes d’érosion, la mécanique des fluides, la fonte des glaciers; la matière se meut, se détache, se sédimente, se stratifie, se fusionne, se pétrifie.  

 

Comment effectuer les gestes même de sédimentation et de stratification propres à la formation des reliefs ? Comment devenir, en quelque sorte, l’agent actionnaire de phénomènes naturels?

 

Pour ce projet, j’ai donc entamé une collecte de rebuts; ce qui, dans l’immédiat, m’était le plus accessible, soient les débris des ateliers de sculpture.  Plâtre, sable, ciment, roches, poussières de silice, poussières d’acier, cendres, rebuts de fer forgé:  par cette collecte, je deviens cette rivière qui charrie les sédiments, je les classe et les conserve.  En réflexion sur la provenance minérale de ces matières, j’ajoute à cette récolte des pigments et de la chaux en référence à l’histoire de la peinture de fresque.

 

Conçue à cet effet, une boite transparente déposée sur un socle fait office de tableau. J'y déverse, stratifie et y compacte les sédiments.  Je deviens le temps que je défie.  Les particules plus lourdes s’enfoncent dans les strates de sédiments plus volatiles.  Les particules volatiles prolifèrent et se rattachent aux corps voisins.  Il se dessine des micros effets; inclusions, plissements, fusion, glissements, éboulements, effondrements, explosions. Par ce processus, je provoque un terrain.  

Sur le plan du boitier, une image prend forme, mais où sommes-nous exactement ?  Sommes-nous devant la tranche d’une pierre polie et agrandie au microscope ?  Est-ce l’évocation d’un paysage qui offre, à notre vue, une succession de plans de montagnes ?

 

Le socle, volontairement sur roues, sert à la fois de charriot.  Il rappelle le mouvement perpétuel des sédiments; des strates. Il signifie ce passage d’un état à un autre, d’une forme à l’autre; il transporte la mémoire des sédiments.